Natalie Bourgeois
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21 août 2026

Mascarade 004 - Acte 1

Pièce philosophique

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Dim : Tu sais, tu peux dire les mêmes choses simplement non ?

Art : Oui mais ça ne donne pas le même effet. Dans le mot « synesthésie », il y a cette concordance, cette concomitance de sensations. La sonorité du mot ou son âme comme l’expriment les japonais dans le mot « kotodama », révèle une complexité. En gros ce concept là ne pourrait pas tenir dans un mot simple. C’est une réalité complexe la synesthésie. Pas compliqué pour autant ! D’ailleurs en médecine ce terme recouvre « un trouble de la perception ». Pour dire à quel point soit c’est difficile à décrire pour des scientifiques soit c’est peu courant… Mais en vrai en littérature, c’est une qualité, un talent. Quand je dis en littérature, pour moi ça signifie pour les êtres humains sensibles que nous sommes c’est une forme de sublimation de toutes nos facultés ! Déjà c’est un mot que je trouve magnifique à l’écrit. Trois « s » qui n’accablent pas le mot d’un son persifleur car atténué par la consonne « n », douce et mielleuse. Et avant de te donner la définition littéraire, je te donne à lire ce poème de Baudelaire qui m’a fait comprendre à quel point cette idée est subtile. Le titre te donne déjà une idée de la définition :

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Le vers : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » te livre la définition du terme : « Synesthésie ». C’est cette faculté d’associer automatiquement sons et couleurs et même d’activer le goût. Du grec syn (avec) et aesthesis (sensation). Tout le corps est en éveil à l’écoute d’un mot ou d’un son par exemple et pas juste l’organe censé recevoir ce type d’information. Scientifiquement cela doit être difficile à comprendre mais ce que je ressens c’est que ça crée un univers très particulier. J’ai l’impression que beaucoup d’artistes ont cette faculté et ce que qui fait d’eux des génies. J’aime tant la poésie de Baudelaire car elle m’enlace et me transporte dans des univers que je sens, je vois, je touche, que je m’approprie. Et elles deviennent miennes. Je deviens le poète le temps d’une lecture qui devient au fil des mots une immersion dans son inconscient. Pendant ce temps-là, je suis Charles Baudelaire ! L’inconstant, le ténébreux, le génie incompris, ce magnifique albatros aux « ailes de géant » qui l’empêchent de voler.

Dim : Oh tu dévisses Art. Maintenant tu te prends pour Baudelaire ! La folie te guette…

— Natalie Bourgeois