18 août 2026
Mascarade 001 - Acte 1
Pièce philosophique
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Dim et Art, deux personnages patibulaires qui ne peuvent pas se passer l’un de l’autre. Et qui parlent de tout et de rien. Surtout de tout même si on a l’impression que tout ça ne sert à rien et que ça ne fera avancer personne.
Acte 1
Dans un salon à 15h, l’hiver.
Art : Il y a quelque chose d’absurde.
Dim : Qu’est-ce qui est absurde ?
Art : La vie Dim, la vie !
Dim : La vie n’est pas absurde. Elle se pose là. Elle est là de toute pièce comme une évidence. On la choisit pas, elle vient à nous. Certains la subissent, d’autres l’enjolivent, d’autres encore l’aiment, et d’autres encore nous disent qu’il faut l’aimer car elle est précieuse. Ça dépend, Art.
Art : Arrête de dire que ça dépend. C’est fatigant à force.
Dim : À force de quoi ?
Art : À force de penser que ça dépend toujours et qu’on peut pas avoir d’avis. Je te dis que la vie est absurde et que ça dépend de rien. Juste, la vie EST ABSURDE.
Dim : Ok je t’écoute. Tu es dans ta période métaphysique !
Art : La vie, la mort. Tout ça on ne contrôle pas Dim. Vivre pour mourir. Mettre au monde et faire subir ce monde à d’autres qui n’ont rien demandé. Quel égoïsme ! Quel manque de lucidité. Ça n’a pas de sens, tu comprends ?
Dim : Mais pourquoi tu veux mettre du sens partout Dim. Pose ton cerveau et apprécie. « Ici et maintenant ».
Art : Ah non pas toi. Ne me rabâche pas des fadaises. Tu sais que je peux pas m’empêcher de chercher du sens, me poser des questions. Ça me permet de poser mes angoisses. Mes mots sont des angoisses qui trouvent un vêtement, un costume qui les cadre, en fixe les contours et une fois qu’ils ont trouvé un mot pour les recouvrir, ça me rassure.
Comment tu fais toi ?
Dim : Moi Art, suis pas angoissé.
Art : Tu vois toi qui n’es pas angoissé, un jour, tu te lèveras comme chaque matin et tu attendras que ta bonne vienne te servir ton café et elle ne viendra pas.
Dim : Pourquoi tu veux qu’elle ne vienne pas ? Ça fait dix ans qu’elle a ce rituel. C’est un peu comme le jour qui se lève. Tu imagines qu’un jour il ne se lève pas ?
Art : Ça n’a rien à voir Dim !
Levant les yeux au ciel, mimant un personnage fantomatique qui ferait peur à un enfant
Un jour, d’étranges hommes en noir viendront te dire que tu es coupable et s’ensuivra un interminable procès.
Dim : Tu délires Art !!! C’est qui ces hommes en noir ?
Dans un soupir
Je vois…
Tu as passé ta nuit à lire Kafka ?! Faut te suivre, toi.
J’ai pas peur tu sais. Je suis un citoyen modèle. J’ai jamais rien fait de mal. Je travaille, je paie mes impôts, suis toujours à l’heure, réglé comme une machine. Je ne prends aucun risque Dim.
Comment peux-tu imaginer un tel délire ?
Art : Justement Dim justement…
Dim : J’y comprends rien. T’es vraiment bizarre aujourd’hui.
Art : Ben oui tu es dans les clous Dim. Tu fais tout bien. Un bon petit soldat qui se pose pas de questions. Tu ne te rends même pas compte que le monde tourne autour de toi. Dans ta petite bulle égotique : tes habitudes, ta routine, ton indifférence au monde qui t’entoure. Tu es coupable Dim pas d’avoir tué quelqu’un mais de ne pas t’être interrogé sur le sens de ta vie, de tes choix, de tes désirs.
De t’être comporté comme une chose en soi alors que tu es une personne et que la personne, contrairement à la chose est capable de progresser, d’évoluer, de changer. Tu es défini Dim. Tu t’es défini. Ou plutôt, on t’a défini et tu n’as jamais cherché à savoir si tu n’étais pas ailleurs. Si ton désir n’était pas en mesure de muter, de se transformer, de te transformer. Tu t’es un jour demandé pourquoi Max t’a quitté ?
— Natalie Bourgeois