31 août 2025
L'inconscient ?
C’est la zone grise. Le prix à payer d’un atterrissage, le passage du fantasme au réel. Celui auquel on se cogne, qui avance masqué et qui déçoit parce qu’il est toujours plus moche que le fantasme.
L’inconscient ???
C’est la zone grise. Le prix à payer d’un atterrissage, le passage du fantasme au réel. Celui auquel on se cogne, qui avance masqué et qui déçoit parce qu’il est toujours plus moche que le fantasme. C’est l’envers du décor, ce qui craque quand le vernis ne tient plus. Quand les apparences trompent, quand le faux-self s’installe mais que le temps fait son œuvre. Un patient s’installe dans le fauteuil du psychanalyste, sûr de lui, sûr de son mensonge. Celui qu’il va servir à grand renfort de déni et de chemins de traverse. En fait, il ne ment pas. Pour lui, c’est la vérité. Le discours est brillant, comme l’huître de Francis Ponge au premier regard. Puis le patient s’enfonce dans son mensonge, s’empêtre dans les dédales de son conscient qui lui joue des tours. « Le conscient ment » écrit Yung. Il ment à son insu bien sûr. Qui serait capable, assez courageux pour adhérer à cette provocation là ?
« Le conscient ment » signifierait que la vie est une prodigieuse scène de théâtre. Nous en sommes tous les acteurs. Et nous devons bien tricher quand le rideau se lève. Il y a le public, les autres, le grand Autre qui nous menace de son œil surmoique. Il va falloir plaire, faire des efforts surhumains pour jouer ce rôle sans l’avoir appris. Nous sommes les acteurs déguisés de la comédie humaine. Et chaque matin, nous portons un masque différent de la veille. Car la comédie sociale requiert de la nouveauté. Elle se lasse des répétitions et des routines mortifères. Il faut être créatifs, récréatifs, originaux, se démarquer du grand Autre, et de tous ces petits autres qui piaillent autour de nous pour être divertis. Bienvenue dans la société du spectacle ! Comme l’huître de Ponge, elle est « brillamment blanchâtre ». Indéfinissable si on s’y attache, difficile à décrire car faite de multitude de corps différents, unis par un même but : briller.
Pour ne pas mourir et se perdre dans la multitude, pour exister, chaque conscient doit se battre. C’est le culte de l’image, du corps, du jeunisme, qui devient une valeur à part entière. Il faut être beau et musclé pour attirer les regards. Prendre soin de cette image phallus qui nous colle à la peau et tente de nous définir. Grand, petit, les cheveux ondulés, frisés, noir, jaune, blanc. Ce sont bien sûr les autres du coup qui nous définissent car seul le grand autre nous voit tel qu’il voudrait être. Miroir au miroir ! Dis moi que je suis le plus beau, crie l’hystérique dans un sursaut de désespoir. Et le miroir, celui qui ment et qui triche lui répond : « Tu es le plus beau que je connaisse ». Perfide miroir qui attend patiemment l’autre, plus jeune, plus beau qui finira par briser violemment le reflet de la dernière image avec rage. Le conscient divise, rivalise, performe puis s’écroule. Il finit toujours par baisser les armes, usé par le temps.
L’inconscient résiste au temps. Il est mémoire, histoire et réminiscence. Il défie les apparences et surgit quand on ne l’attend pas. Il bouscule les normes et les conventions. Il est la loi intime et secrète. L’Ultime. Hors compétition, hors-jeu.
Extrait de “Nouveaux cours de psychanalyse”
— Natalie Bourgeois